Lepays225.com

  

 
 

  

 

Me Kaudjhis Offoumou est Avocate à la Cour. Membre du bureau politique du PDCI-RDA, experte consultante en démocratie, Me Kaudjhis est candidate indépendante à la prochaine élection présidentielle d’octobre 2020. Dans cette interview, elle donne les grands axes de son programme sans oublier de se prononcer sur la situation socio-politique actuelle en Côte d’Ivoire.

 

Me Kaudjhis Offoumou, vous êtes membre du bureau politique du PDCI-RDA, et candidate à l’élection présidentielle d’octobre 2020. Pourtant votre parti a choisi Henri Konan Bédié comme candidat du PDCI-RDA. N’est-ce pas un acte d’indiscipline de votre part ?

 

Ce n’est pas le cas. J’ai déclaré ma candidature, le 10 mars 2018. La première candidature qui a été déclarée. Mais avant de le faire, j’ai procédé à des consultations un peu partout. Justement, je ne voulais pas être contrainte à l’idéologie de mon parti. C’est-à-dire être forcée d’aller à une convention.  Parce que les candidatures au sein d’un parti politique, ça ne se fait pas de manière libre. Il faut passer par des élections primaires, par une convention. Il y a des règles. Et moi, j’avoue que c’est depuis les années 2005 que j’ai décidé de me porter candidate aux élections présidentielles.

Vous avez cette ambition depuis 2005, et en mars 2018 vous avez annoncé votre candidature en étant encore membre du PDCI-RDA. Que voulez-vous apporter de nouveau ?

 Ce que je veux apporter de nouveau, c’est une nouvelle philosophie de la gouvernance de toute la Côte d’Ivoire. Parce que je me suis dit : En tenant compte de tout ce que la Côte d’Ivoire a vécu, ce n’est pas un seul parti politique, ce ne sont pas les idées d’une seule formation politique qui peuvent sortir la Côte d’ivoire de ce que nous vivons depuis les années 1999. Nous avons vécu le premier coup de force en décembre 1999. Et depuis lors, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour ce pays. Quelque chose à faire parce que depuis 1982, revenue de l’école de Magistrature, je me suis dit qu’il fallait travailler dans un Ministère avec à sa tête une femme. Et c’était à l’époque de Jeanne Gervais, Ministre de la condition féminine. A un moment donné, le Ministère a été mis sous l’éteignoir. En 1982, je suis arrivée ; et en 1983, elle a été remerciée. Elle avait donc quitté le gouvernement. Et malgré cela, on est resté dans ce Ministère, de 1983 en 1986. En 1983, à la suppression de ce Ministère, c’est moi qui ai appelé la Présidence. J’avais demandé à parler au Président Félix Houphouët-Boigny. Et quand on m’a répondu que le Président n’était pas là, c’est au Secrétaire Général du gouvernement que j’ai eu à parler. C’était Belkiri. Je lui ai demandé s’il y avait dans le nouveau gouvernement un Ministère avec une femme à la tête ou une structure qui s’occupait des intérêts des femmes. Il m’a dit non. Je lui ai alors demandé ce que devenait le personnel du Ministère. Puisque le même jour du remaniement ministériel j’avais trouvé le personnel en détresse quand je me suis rendu au Cabinet de Jeanne Gervais. Il m’a répondu, me disant que lorsqu’un Ministre est démis du gouvernement, tout le personnel du Cabinet part aussi. C’est ce qui m’a poussée à appeler la Présidence. Et cette démarche m’a valu une demande d’explication en public. En définitive, le gouvernement a décidé de maintenir le Ministère de la condition féminine, mais on devait travailler sous la supervision du Ministre Yaya Ouattara des Affaires sociales à l’époque. Et c’est ainsi que de 1983 à 1986, nous avons pu assurer les activités courantes. Quand le Président Houphouët-Boigny a voulu nommer une femme à la tête du Ministère, c’est moi qui ai été appelée par le Ministre d’Etat, Camille Aliali à son bureau pour me demander celle qu’il fallait choisir. C’est alors que parmi mes aînées, j’ai proposé Hortense Aka Anghui. On m’a demandé si je la connaissais bien et pourquoi ce choix. J’ai alors répondu qu’elle était éloquente, combative, intellectuelle, et donc capable de mener le combat pour la promotion de la femme. Et elle a été nommée en 1986. Voilà comment nous avons gagné le combat du maintien du Ministère de la condition féminine qui aurait pu être supprimé depuis 1983. J’ai activement collaboré au travail de ce Ministère. J’étais souvent désignée comme Experte déléguée du Gouvernement de Côte d’Ivoire et je partais aux réunions de statut de la femme à New York.

Quelles sont les axes prioritaires de votre programme ?

Je disais qu’il fallait changer réellement la philosophie de la gouvernance. Il y a la formation à faire au niveau de la culture civique démocratique. Ensuite, nous avons la culture de l’alternance à enraciner en chaque Ivoirien. Pour parler des piliers de mon engagement, vous constaterez que le premier point est la démocratie participative. Je suppose que chaque Ivoirien doit se sentir concerné dans la gestion de la cité. Cela peut se faire par une revue du processus de décentralisation.  Ainsi, La bonne gouvernance suppose qu’on ait une situation saine et transparente exempte de toute idée de corruption et de responsabilité, pour éviter l’impunité. Et les règles qui régissent l’Etat doivent être prises de manière consensuelle. Si vous êtes dans une gouvernance et que vous imposez les règles,  ou bien des programmes aux administrés, aux gouvernés, il est évident qu’ils aient de la peine à s’y conformer. Alors que si dans l’élaboration de ces règles vous les avez associés, discuté avec eux, les avez amenés à adopter ces règles ensemble, on éviterait toutes scènes de contestation violentes. C’est un peu l’idée du peuple souverain. On ne dit pas que les 24 millions d’Ivoiriens vont s’asseoir pour discuter, mais il y a des composantes dont il faut tenir compte dans l’élaboration de toutes les règles. C’est pourquoi je dis qu’on n’a pas besoin d’être du RHDP, du FPI, du PDCI, du PIT ou d’un autre parti pour pouvoir assurer le développement et la paix en Côte d’Ivoire. J’ai besoin de compétences qui viennent de tous les partis politiques ; c’est pourquoi dans mon équipe, on retrouve le FPI, le RHDP, le PDCI, le PIT, le MFA, l’UDPCI… Et j’estime que dans notre pays nous avons le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest, le Centre. Nous avons des compétences dans toutes ces régions, de sorte que les responsabilités doivent être partagées et les fruits de la gouvernance doivent être équitablement partagés.  Ma motivation vient du fait que, ayant participé à tous les processus depuis 1982 jusqu’à ce jour, j’ai pu saisir les stratégies nécessaires pour apporter une amélioration au système de transformation socio-politique, économique, culturelle et juridique de notre pays. Voilà pourquoi j’ai décidé de ne pas m’enfermer dans mon parti politique, mais j’ai décidé aussi de ne pas en vouloir à tous les partis politiques. Mon problème, c’est de mettre l’accent sur l’intérêt supérieur de la nation, des Ivoiriens et du peuple ivoirien. Voilà pourquoi je ne suis pas restée dans mon parti politique pour poser ma candidature.

Que pensez-vous de la candidature annoncée des Présidents Bédié, Gbagbo et de l’ex- Premier Ministre Soro ?

En tant que candidate, je n’ai pas à apprécier les candidatures des uns et des autres. Parce que la déclaration universelle des Droits de l’homme dit en ses articles 10 et 11 que chaque individu a le droit de participer à la gestion des affaires de son pays. Donc je ne peux pas apprécier la candidature des uns et des autres.

Suite aux appels incessants des militants du RHDP et aussi à l’aveu de l’avocat Ben Méité soulignant que la nouvelle constitution donne droit au président sortant de briguer un 3ème mandat, le président Alassane Ouattara a fini par répondre favorablement à ces différents appels. Quels commentaires faites-vous de cette décision ?

Sur le plan juridique, je suis Avocate à la Cour, si l’on tient compte de la constitution, le Président Alassane Ouattara ne peut pas se présenter. Il n’est pas éligible. Parlant du jeune Avocat Ben Méité, Avocat de l’Etat de Côte d’Ivoire, il donne une interprétation teintée de militantisme. Et cela ne regarde que lui. J’ai été élève de Francis Wodié, c’est lui qui m’enseignait à la FAC de Droit. Je me dis que la constitution contient des règles. C’est la Loi fondamentale. Au départ, en 1960, on n’avait pas de constitution. On a donc fait la première constitution. Par la suite, pour qu’on puisse faire une nouvelle constitution, il faut qu’il y ait un état de guerre, ou bien que le pays soit divisé par exemple. Mais la nouvelle constitution est intervenue en dehors de tous ces phénomènes. Or c’est le peuple qui devait décider. Et je poursuis en disant qu’en 1960, en faisant la constitution, on n’avait pas limité le nombre de mandats. A partir de 2000, on a dit que le Président de la République n’est éligible qu’une seule fois. Il ne doit donc pas postuler pour un troisième mandat. Au niveau international, c’est pareil en France, aux USA,… Donc la limitation des mandats est un principe qui a été établi. Et ce principe de limitation de mandats n’a pas été abrogé par toutes les constitutions qui se sont succédé jusqu’à la dernière. Au-delà de la lettre de la constitution qu’on ne peut pas changer et qui empêche le Président Ouattara de se présenter à cette élection, il y a aussi l’esprit. A chacun de ses discours, il a toujours dit qu’il ne se présenterait pas pour un troisième mandat. Et officiellement, il l’a dit au peuple de Côte d’Ivoire. Je le dis à juste titre. Le Président Ouattara ne doit pas se présenter. Maintenant ce que les politiques pensent n’engagent qu’eux. On ne peut empêcher les gens de penser ce qu’ils veulent. La pensée est libre.

L’élection présidentielle de 2020 connait une innovation. Il s’agit du parrainage citoyen. En tant qu’Avocate à la Cour, Quel est votre point de vue sur cette question ?

Ce n’est pas la constitution qui a prévu le parrainage citoyen. Le problème que pose le parrainage citoyen, c’est que le secret du vote est dévoilé. Puisque dans la pratique, on vous dit que vous devez produire des listes de personnes susceptibles de vous parrainer. On peut être parrain sans voter la personne, d’accord. Mais n’empêche que la liste des personnes qui soutiennent votre candidature est déjà connue. Donc on sait déjà ceux qui vont voter pour vous. Ce qui n’est pas sécurisant. Donc, compte tenu du fait que le secret du vote qui est exigé dans toute démocratie ne tient plus la ligne, le parrainage citoyen n’est pas vraiment une question idoine pour promouvoir la démocratie. Mais puisque je veux être candidate, je me soumets à cela. Je vais essayer aussi de réunir les 1 % dans les 17 régions exigées par l’Etat.

D’aucuns disent que le parrainage citoyen est exigé pour exclure les petits partis. Quel est votre avis ?

Si c’était le parrainage des institutions tels que l’Assemblée Nationale, les Mairies, les Conseils régionaux, le Sénat et autres, cela allait m’inquiéter parce que la grande majorité dans ces instances sont issues d’un parti politique bien déterminé. Mais dans la mesure où on exige ce parrainage de toute la population, je suis contrainte de me soumettre à cela. Simplement parce que je me dis qu’il faut respecter ce qui est décidé comme conditions pour être candidat si on veut aller aux élections.

Avant vous, il y a eu des présidents qui ont gouverné :  Houphouët, Bédié, Gbagbo et aujourd’hui Alassane Ouattara.  Quelle analyse faite- vous de leur gestion ?

Nos devanciers depuis Félix Houphouët-Boigny ont donné et continuent de donner du meilleur d’eux-mêmes. Je veux dire par là qu’ils ont donné tout ce qu’ils avaient en eux. Aujourd’hui, j’estime qu’il y a des défis à relever. Il est normal que la personne qui a non seulement l’ambition mais aussi la capacité, l’expertise et la vision nécessaires pour porter haut  le flambeau de la Côte d’Ivoire, c’est tout à fait normal que cette personne-là devrait recueillir le consensus global autour de sa personne pour conduire la destinée de ce pays.  Je crois fermement incarner cette personne pour faire en sorte qu’on puisse chercher à gouverner un pays non seulement par la force de la violence ou de l’argent, mais surtout qu’on apprenne à gouverner sur le fondement du savoir, du savoir-faire, du savoir-être, du savoir-agir et du savoir-juger. Parce qu’on a besoin de ces personnes à la tête de l’Etat ; si nous ne voulons pas que l’Etat sombre. Nous savons que si nous avons une saine appréciation des choses et que nous voulons réellement le bien de ce peuple de Côte d’Ivoire, c’est possible. Car rien n’est impossible à Dieu. Et si on fonde notre espoir sur Dieu qui nous a créés, il est évident qu’on peut ensemble éviter de faire souffrir notre peuple. Et je pense que mon élection va assurément apporter la conscience du travail bien fait. La probité, la conscience positive pour rebâtir la confiance entre les gouvernants et les gouvernés, et entre la population elle-même. Parce que c’est cette confiance qui a fait défaut et nous a conduit à ces guerres. Si on se fait confiance, cela va faciliter les choses entre les gouvernants et les gouvernés. Mais naturellement on pourra relever tous les nouveaux défis. On pourra atteindre l’objectif du développement durable que nous recherchons.

Quelles solutions proposez-vous pour résorber l’épineuse question du chômage et de la pauvreté ? 

Les personnes qui ont cette vision, celle de relever le pays sont vraiment peu. C’est pourquoi moi, du côté des jeunes, je me dis qu’on a un fort pourcentage de jeunes qui sont parfois diplômés et qui chôment. Il y a des médecins chômeurs, et   je n’arrive pas à comprendre cela. Il y a aussi ceux qui finissent de hautes études, tels que des ingénieurs et qui chôment. J’en ai même chez moi. Les enfants finissent tout le cursus et se retrouvent sur les carreaux. C’est pourquoi moi je pense limiter ce chômage. En formant très tôt les jeunes à l’entrepreneuriat, en renforçant l’entrepreneuriat pour la jeunesse, en créant à côté de ces universités qui forment théoriquement les gens des filières professionnalisées. J’ai donné des enseignements à l’époque, pendant 21 ans, en tant que professeur vacataire, à l’INFAS, aux éducateurs spécialisés. Je leur donnais des cours de Droit. Et j’ai constaté qu’au début il y avait au maximum quinze personnes dans les classes. Et ces jeunes étaient aussitôt insérés dans le secteur social dès qu’ils finissaient leur formation. Certains partaient dans les banques, d’autres à la Justice… Donc, en utilisant cette stratégie, on peut facilement intégrer les jeunes diplômés dans la vie active. En dehors de cela, il y a des jeunes qui ont plein de capacités, qui sont très intelligents, mais à un certain moment, les parents n’ayant plus de moyens, ou pour cause de décès du parent, les enfants arrêtent les études. Je me dis alors pourquoi l’Etat ne subventionnerait pas ces jeunes pour poursuivre leurs études. Et dès qu’ils finissent les études et commencent à travailler, ils remboursent en fonction de leur salaire pour que d’autres en bénéficient. C’est une solution. Vous avez des jeunes aussi qui sont livrés à eux-mêmes non seulement en ville mais dans les villages. Dans nos régions, nous avons des terrains en jachère. Je me dis, pourquoi les Maires, les Chefs des villages, et même les propriétaires terriens n’identifieraient pas ces terres pour les mettre à la disposition des jeunes déscolarisés pour créer des plantations ? Ils peuvent être regroupés en coopératives, et mieux gagner leur vie. Je me dis donc qu’il y a beaucoup de choses à faire pour limiter le chômage. Au niveau de l’environnement, vous avez constaté que lorsque vous oubliez par exemple votre ordinateur dans un taxi, ou tout autre objet, c’est parti pour toujours. Tout simplement parce que le chauffeur ne sait pas où le déposer. Pourquoi donc ne pas créer un centre de recueil des objets perdus ? De sorte qu’on puisse facilement retrouver nos objets perdus. A Londres, il y a un an, j’ai perdu ma valise qui s’est retrouvée au Canada, et qu’on a ramenée dans un Centre d’accueil d’objets perdus. Et j’ai retrouvé ma valise six mois après. Aujourd’hui,  on est en train de refaire la Carte Nationale d’Identité. Dans mon projet de société, je pensais déjà à une Carte Nationale d’Identité qui permet à chaque Ivoirien d’avoir un numéro unique qui le suivra partout dans le monde. Et chaque Ivoirien devrait être domicilié de façon précise, avec une adresse précise. On n’a pas besoin de passer toute une journée à rechercher quelqu’un. Si nous avons  ces améliorations dans notre système, toute personne qui viendrait dans le pays, au-delà de trois mois, doit pouvoir être identifiée de sorte qu’on ne puisse pas être envahi. Mais surtout savoir qui est entré sur le sol ivoirien. Nous nous souvenons encore de l’attaque de Bassam. Comment des gens peuvent entrer dans un pays, semer la zizanie et repartir tranquillement ? Nous disons non ! C’est pourquoi notre système nous permettra de savoir qui est entré dans notre pays. Le système du numéro unique et le système de domiciliation doivent être en vigueur en Côte d’Ivoire. Et ce, pour la sécurité de nos populations. Au niveau des élections,  nous  l’avons suggéré depuis 1995 lors d’une activité de l’Association Internationale de la Démocratie (AID). Nous avons aussi demandé que les partis politiques et l’Etat puissent mettre en place  avec l’aide de la Communauté internationale, un système de gestion interconnecté des résultats de vote.  Parce que le fait de transporter les urnes des bureaux de vote au bureau central, il y a toujours des urnes qui se perdent et d’autres bourrés. Alors qu’avec le système interconnecté, quand on fait le vote, les résultats apparaissent automatiquement au niveau du bureau central.  Voilà pourquoi en France, quand on fait les votes, il n’y a jamais eu de contestation. Si la Communauté internationale veut nous aider à réussir des élections sans problèmes, sans violence, sources de crises, qu’elle nous aide à installer ce système de gestion numérique des résultats de vote.

La composition de la CEI fait débat au sein de l’opposition. La Cour Africaine des Droits de l’Homme s’est prononcée sur cette question. En tant que candidate, quel regard portez-vous sur cette décision ?

Je sais que la plupart des partis d’opposition ont demandé à ce que les commissions locales soient recomposées. C’est une réalité. J’aurais souhaité la mise en place d’une CEI moins politique mais beaucoup plus technique. Ce serait l’idéal.  Parce que la CEI devrait s’appuyer sur les compétences de ses membres et non sur les représentants désignés par les partis politiques qui peuvent mettre en mal  l’impartialité  de la commission. Si chacun vient pour prêcher pour sa  paroisse au sein de la CEI,  il y a des choses qui ne vont pas.  il est donc important d’améliorer  la CEI actuelle. On a beaucoup critiqué cette commission au niveau de toutes les crises post-électorales en Côte d’Ivoire. Je me dis qu’il faut éviter que les élections soient entachées de violence. Ce sont ces organes qui gèrent les élections, s’ils n’ont pas l’intégralité d’indépendance, qui vont poser les problèmes de fonds. Il faut une CEI qui se gère de façon transparente, impartiale, pour comprendre que les élections doivent être crédibles. Nous devons comprendre que la CEI est une structure. Les problèmes de découpage, du nombre des électeurs…  Depuis le recensement des électeurs jusqu’à la proclamation définitive des résultats, on sait que la loi électorale avait enregistré six millions d’électeurs alors que la Côte d’Ivoire compte aujourd’hui 24 millions d’habitants. Le Ghana compte 15 millions d’électeurs pour une population de 28 millions d’habitants, le Rwanda, 7 millions d’électeurs pour une population de 11 millions d’habitants. Donc visiblement, il y a un problème au niveau de nos listes, de notre système. La composition de la CEI centrale comptait 17 membres.  Sur ces 17 membres, il y avait 4 membres de la mouvance présidentielle, 4 de l’opposition, 4 de la Société civile, et 5 issus des Institutions de l’Etat, notamment de la Présidence. Et ce sont donc les 5 derniers membres qui faussent l’équilibre et posent problème. Il y a aussi le redécoupage des circonscriptions électorales.  Cela doit être revu parce que si vous prenez le nord, vous allez enregistrer 69 Mairies pour une population de 469.000 habitants, alors qu’on enregistre 2 millions d’habitants pour 28 mairies pour la région du Sud.  En définitive, il n’y a pas seulement le problème de la composition de la CEI qui se pose mais bien d’autres problèmes à revoir au niveau même du système électoral.

En tant qu’ex-membre de la CDVR et de la CONARIV, quelle recette proposez-vous pour une véritable réconciliation des ivoiriens ?

En fait, la réconciliation n’est pas effective. Je vous ai décrit tout le processus. Il fallait identifier les victimes et les préjudices subis. Aussi, fallait-il faire la vérification des listes dont j’étais responsable. j’aurais souhaité la mise en place d’ une haute autorité pour la réconciliation et la paix en Côte d’Ivoire. C’est-à-dire une structure permanente qui allait gérer tous ces aspects. Pourquoi ? Parce que je voyais une période où des victimes pouvaient encore venir se déclarer. Ces victimes sont celles qui sont dans des zones reculées qu’on n’a pas pu visiter, ou qui n’ont pas pu se rendre sur place à Abidjan, ou dans les commissions locales qui ont été mises en place. Il y avait des exilés hors de la Côte d’Ivoire. Pour toutes ces personnes, il fallait prévoir une période pour leur permettre de venir se faire recenser. En outre, il fallait publier la liste de toutes les victimes. Le faisant, tous ceux qui se sont faits déclarer et qui ne figuraient pas sur cette liste pouvaient poser des réclamations. On n’a pas eu tout cela. Pour ma part, il faut créer une haute autorité pour la réconciliation et la paix en Côte d’Ivoire pour pouvoir gérer toutes ces situations. Et puis, associer aussi, comme cela s’est fait par le passé, les Chefs traditionnels en tant que membres de ces différentes commissions. Par ailleurs, Il y a les techniques de médiation, de  maintien de la paix, mais aussi l’expertise en  matière de Justice transitionnelle. Et si on n’associe pas ces deux entités dans le même processus, il serait difficile de s’en sortir. J’avais même suggéré qu’il y ait une amnistie générale non seulement pour les détenus politiques, mais pour qu’on n’entende plus parler de poursuite d’autres personnes. Si on fait table rase sur le tout, je suis persuadée qu’on peut s’arranger. Mais pour qu’il y ait table rase sur le tout, il faut que les bourreaux des victimes demandent publiquement pardon à la nation et surtout aux victimes qui ont tant souffert. S’il y a ce pardon et la libération de ceux qui ont été compromis dans ces faits, je pense que tout peut s’arranger et on peut aller à la paix. Je voudrais appeler les autorités à revoir leurs positions par rapport à ces exilés, à ces personnes qui reviennent  et qu’on jette en prison parce que sous le coup  d’infractions.  Tout cela ne peut pas apporter la paix ni la réconciliation. Il faudra donc penser à faire table rase sur tout ce qui s’est passé. Que ceux qu’on appelle détenus politiques soient libérés. S’ils sont libérés, je suis sûre que les choses peuvent aller pour le mieux. Il faudrait aussi avoir en nous la culture de la différence. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas la même opinion que nous sommes des ennemis. Houphouët-Boigny disait : « Mieux vaut gérer les problèmes quand ils naissent par la négociation et par le dialogue que de chercher à les résoudre par la force ».

Réalisée par W.Aµ

 

DERNIERS ARTICLES

Côte d’Ivoire, 7 syndicats d’enseignants des universités demandent le report de la présidentielle
Côte d’Ivoire, 7 syndicats d’enseignants des universités demandent le report de la présidentielle
Publication : mercredi 28 octobre 2020 16:40
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-mardi 27 oct. 2020-Dictature du régime RHDP/Babily Dembélé déféré à nouveau à la Maca
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-mardi 27 oct. 2020-Dictature du régime RHDP/Babily Dembélé déféré à nouveau à la Maca
Publication : mardi 27 octobre 2020 10:55
 Lepays225.com-La deuxième édition des 24 h d'Attoban est lancée
Lepays225.com-La deuxième édition des 24 h d'Attoban est lancée
Publication : lundi 26 octobre 2020 09:07
Côte d’Ivoire : décès de Sidiki Diakité, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation
Côte d’Ivoire : décès de Sidiki Diakité, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation
Publication : vendredi 23 octobre 2020 21:01
Abidjan (Côte d’Ivoire)-23 octobre 2020-lepays225.com-Situation politique/Babily toujours introuvable, ses collaborateurs détenus à la DST
Abidjan (Côte d’Ivoire)-23 octobre 2020-lepays225.com-Situation politique/Babily toujours introuvable, ses collaborateurs détenus à la DST
Publication : vendredi 23 octobre 2020 20:26
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-Alerte/Insécurité/Babily Dembélé et son staff enlevés par des hommes encagoulés pour une destination inconnue
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-Alerte/Insécurité/Babily Dembélé et son staff enlevés par des hommes encagoulés pour une destination inconnue
Publication : jeudi 22 octobre 2020 13:46
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-20 oct.2020-Après la déclaration de la CEDEAO /Bédié Affi désapprouvent  le communiqué de la Ministre ghanéenne  Mme Shirley
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225.com-20 oct.2020-Après la déclaration de la CEDEAO /Bédié Affi désapprouvent le communiqué de la Ministre ghanéenne Mme Shirley
Publication : mardi 20 octobre 2020 16:04
 Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225-20 oct.2020-Désobéissance civile/La Côte d’Ivoire plonge dangereusement dans la violence
Abidjan (Côte d’Ivoire)-lepays225-20 oct.2020-Désobéissance civile/La Côte d’Ivoire plonge dangereusement dans la violence
Publication : mardi 20 octobre 2020 12:45
Le programme de la mission conjointe CEDEAO-UA-Nations Unies à Abidjan
Le programme de la mission conjointe CEDEAO-UA-Nations Unies à Abidjan
Publication : lundi 5 octobre 2020 13:40
Lepays225.com-La Distinction de l’UEFA/Drogba honoré
Lepays225.com-La Distinction de l’UEFA/Drogba honoré
Publication : mardi 29 septembre 2020 17:02

MUSIQUE Tendances

Musique : Sortie d’album/Aklane  annonce son retour avec ‘’confirmation’’
Musique : Sortie d’album/Aklane annonce son retour avec ‘’confirmation’’
Publication : jeudi 12 janvier 2017 02:01

Lepays225.com-Offrir  à ses fans quelque chose de bien. C’est  le souhait de l’artiste chanteuse Aklane, abonnée depuis quelques années  aux prestations dans les pianos bars. Son  dernier opus date de 2011.  Pour son retour, l’artiste  annonce  un album de 10 titres baptisé « confirmation ».

INTERNATIONAL Dernières dépêches

Sénégal – Tchad : la condamnation d’Hissène Habré est « nulle », selon l’un de ses avocats
Sénégal – Tchad : la condamnation d’Hissène Habré est « nulle », selon l’un de ses avocats
Publication : mardi 14 juin 2016 00:26

Lepays225.com-Un avocat de l'ex-président tchadien Hissène Habré a réclamé lundi sa libération immédiate, affirmant que sa condamnation à perpétuité par un tribunal spécial africain à Dakar était « nulle » en raison d'une irrégularité sur la désignation des juges.

Indépendance de la Justice : Les magistrats dénoncent une cabale politique
Indépendance de la Justice : Les magistrats dénoncent une cabale politique
Publication : mardi 14 juin 2016 23:52

Dans un certain temps, la justice burkinabè est au centre d’une cabale tendant à la dénigrer afin d’atteindre un objectif inavoué : celui de restaurer la présidence du Chef de l’Etat et la vice-présidence du ministre de la justice au Conseil supérieur de la magistrature.  

Compteur

2050215
Aujourd'huiAujourd'hui1616
HierHier3893
Cette semaineCette semaine7181
Ce moisCe mois46549

Nécrologie

 

Communiqué